21 décembre 2009

Et la lumière fut!

creativity

 

Bon je vais passer pour un vieux grincheux réactionnaire, mais vraiment, je ne pouvais pas clore cette année bien triste sans parler de mon avis sur le manque de créativité qui frappe un paquet de secteurs en ce moment (et oui, pas que le jeu vidéo).

Je vais prendre le jeu vidéo comme exemple parce que c’est un secteur que je connais bien, mais je suis certain que vous pourrez retrouver le même phénomène dans d’autres secteurs.

D’ailleurs, je lisais une interview de Thierry Ardisson dans le GQ de ce mois-ci et il résumait très bien le problème ; Thierry (oui on est intime) parlait avec une amie qui travaille pour une grande joaillerie ; celle-ci lui explique les budgets monstres dépensés par le département marketing pour faire des études de marché et « designer » les futurs produits de la marque.Ce à quoi Thierry a répondu : « Si vous aviez un créateur de talent, vous n’auriez pas besoin de tant dépenser en marketing ! ».

C’est en effet un bon début pour la réflexion.

L’étude de marché (appelée par abus « marketing ») est en effet souvent vitale pour les entreprises car elle permet de se rassurer avant de lancer un produit. Et c’est vrai que généralement, si une étude est bien menée et qu’elle confirme qu’il y a un marché, vous ferez des ventes. Pas forcément faramineuses, mais vous ferez surement quelque chose.

Le vrai problème actuel, et c’est le cas de nombreux dirigeants dans pas mal de secteurs, c’est de croire que l’intégralité de la stratégie doit être basée sur l’étude de marché.

Parlons jeu vidéo : il est très courant que les « faiseurs » de line-up décident de lancer tel jeu non pas parce que c’est une bonne idée, mais parce que tel autre éditeur a lancé un même type de jeu et que celui-ci a cartonné.

Et c’est une erreur. Car raisonner sur le passé (notamment niveau chiffres de ventes) ne vous garantit absolument pas à 100% que vous ferez les mêmes scores que le prédécesseur.

J’ai vécu ce problème avec notre série Horse Life, dont le premier exemplaire a cartonné ; mais dont la suite a vendu 2x moins alors que le jeu est meilleur que le premier opus.

La faute aux éditeurs concurrents qui ont tous décidé de sortir leur jeu de cheval, aboutissant à un Noël 2008 avec 15 (oui 15 !!) jeux d’équitation sur DS…

Le même problème peut vous arriver avec vos propres jeux entre eux : Guitar Hero 5 se vend beaucoup moins que les précédents opus. Et c’est limite « mérité » puisque, par souci « marketing », le jeu n’a pas évolué depuis le premier opus.

On touche ici le fond de ma pensée : quand le marketing bride la créativité, on aboutit à un appauvrissement global en qualité, qui est suivi par un appauvrissement en nombre de ventes.

Imaginez que je suis un jeune japonais, et je viens taper à la porte d’un éditeur avec le jeu suivant, aujourd’hui, en 2010 (oui on va dire que je vais voir l’éditeur après les fêtes bien arrosées). Je lui propose le concept suivant : un plombier pas vraiment jeune voit sa copine princesse se faire enlever par un lézard géant maléfique ; il va donc devoir la sauver en sautant sur des tortues, en cassant des briques avec sa tête et en mangeant des champignons pour être plus puissant.

Même si j’ai une démo de mon jeu, je suis fortement persuadé qu’il ne sera jamais accepté par aucun éditeur. Parce qu’on me dira que mon jeu « Mario » est en inadéquation avec la cible, que ça ne correspond à aucun jeu dans cette catégorie et que franchement, faut vraiment avoir fumé de l’herbe bien dégueulasse pour pondre une histoire pareille.

Bref, on serait passé à côté d’un classique d’aujourd’hui.

J’avais lu un article sur le cinéma, qui expliquait que lui aussi avait connu sa crise de créativité à un moment donné (je ne peux vous citer les dates, je vous laisse enquêter) ; que c’était la crise financièrement parlant, et qu’en conséquence toute l’industrie préférait se focaliser sur les genres qui fonctionnaient, pour être certains d’être « in the money ».

L’espoir qu’on peut avoir pour le jeu vidéo, c’est que le cinéma a été capable de rebondir ensuite, en proposant deux types de cinéma : les grosses prods commerciales, et le cinéma plus indépendant (qui lui aussi a parfois droit à ses succès).

Mais, et ce sera mon dernier paragraphe sur ce sujet qui commence à être long, je ne suis pas d’accord non plus pour diaboliser le marketing ; comme le font beaucoup trop de gens.

Bien utilisé en combinaison d’un talent créatif, vous pouvez aboutir à de jolies choses en amorce de production (Assassin’s Creed, c’est quand même cool par exemple, non ?)

Et c’est également un outil essentiel une fois que le jeu est terminé, pour le faire connaître au monde entier et lui assurer un succès suffisant pour pouvoir lui donner une suite ; ou financer d’autres projets originaux.

Oui oui ça sert le marketing et je peux vous assurer que vous n’auriez pas acheté Guitar Hero s’il n’y avait pas eu tout ce battage médiatique derrière (oui, Guitar Hero c’est une repompe d’un jeu de Konami, vous vous êtes faits avoir bande de consommateurs !)

Donc pour sortir de ce marasme, il serait bon de prendre plus de risques ; je sais que c’est étrange comme raisonnement (risquer dans une période risquée…) mais ce sera vraiment le seul moyen pour faire éclore des talents et aboutir à des hits absolus, comme mon futur jeu nommé Super Mario (hein ? quoi ? ça existe déjà ?!)

Posté par antoneo à 15:52 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Et la lumière fut!

    agree

    ...Par contre je fais parti du beaucoup trop de gens qui les diabolise...parce qu'ils le valent bien ^^

    Posté par Arnaud, 21 décembre 2009 à 16:37 | | Répondre
  • Tout à fait d'accord. Ces gens là n'ont rien dans le froc. On aurait pu citer l'industrie du disque aussi, c'est le meilleur exemple pour moi. Quel style musical a-t-on créé cette dernière décennie ?

    Aucun.

    Si ce n'est pas du sampling grossier, c'est du copier-coller de styles musicaux des années 70-80. Et les magazines, blogs, émissions de télé et autres médias osent nous annoncer les nouveaux artistes sans âme comme "le renouveau de la scène electro", "le choc electro-pop" ...

    Il est temps d'avoir une révolution culturelle.

    Posté par Nadir, 21 décembre 2009 à 16:55 | | Répondre
  • Bah moi je ne vais pas cracher dans la soupe; je viens du marketing et si c'est vrai qu'il y a de mauvaises choses dans ce que l'on fait (comme j'essaie de le prouver dans cet article), on peut néanmoins en tirer du bon; comme par exemple pour se rassurer sur un chara design en faisant un petit sondage

    Posté par Antologic, 22 décembre 2009 à 16:56 | | Répondre
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