18 novembre 2004

Ryo Le Haricot, mon héros

Il était une fois un héros qui s'appelait Ryo Le Haricot. Vous me direz, ça n'est pas très sexy comme nom, mais vu qu'il était japonais de naissance, il s'appelait en fait Ryo Hazuki. Oui, tout de suite, ça le fait plus; surtout quand on sait qu'il s'agit du héros de Shenmue, le "jeu de la vie" comme l'avaient surnommé certains journalistes.

 Ryo San wa

Et c'est vrai, c'est bien la première fois qu'un jeu m'a donné l'illusion d'un tel degré de liberté, mais surtout, m'a vraiment touché. Aujourd'hui, on parle de Fable, de Morrowind, ou encore de GTA pour parler de liberté, que ce soit dans les choix ou dans l'interaction avec les PNJ. Néanmoins, c'est bien Shenmue qui m'a le plus touché. Et pourtant ... pourtant, le jeu est super linéaire : vous avez une histoire prédéfinie, impossible de suivre un autre chemin scénaristique; vous avez plein de "Quick Time Event", qui se répètent inlassablement tant que vous n'avez pas réussi une combinaison de touches; les combats ne sont pas des modèles de gameplay réussi ....

Comment se matérialisait cette liberté ? L'exemple du "petit chat" est pour moi le plus intéressant. Vous pouviez vous occuper d'un petit chat blessé en le nourrissant (en allant au supermarché acheter des aliments que vous choisissiez), en le caressant ou encore en lui parlant. Le but de tout ça : aucun, si ce n'est d'avoir la satisfaction au bout d'un moment de voir le petit chat se remettre de sa blessure et s'échapper. Dans le même esprit, vous pouviez collectionner de petits objets inutiles, boire une canette sans que cela n'affecte en rien votre "vie", ou encore aller dans une salle d'arcade vous essayer aux vieux jeux d'antant (concept repris par Animal Crossing récemment). Là où le jeu fait plus fort qu'un GTA San Andreas par exemple, c'est que ces actions n'ont justement aucune influence sur le gameplay > vous n'êtes donc vraiment pas obligés de vous y plier, contrairement à notre ami CJ de San Andreas qui peut faire beaucoup de choses, mais qui sont la plupart du temps en rapport avec le jeu et vous aportent souvent des bonus.

 Ca sert à rien mais c'est tellement bon !!

En outre, Shenmue propose un jeu ne sait quoi de plus que les autres jeux sus-cités. Cela vient peut être de cette poésie, ces moments planants où vous perdez tout lien avec la réalité et vous vous assimilez totalement au héros. Un moment clé pour moi est cette épreuve (ultra difficile qui plus est) qui proposait, en vue subjective, d'attraper avec 2 doigts virtuels, des feuilles mortes qui tombaient d'un arbre. Ceux qui n'ont pas essayé le jeu ne pourront difficilement ce que l'on ressent : on est dans une espèce d'état zen (au sens occidental du terme), on essaye de se concentrer sur ces 2 petits doigts virtuels, et, quelque part, on comprend mieux le sens de la quête du héros, c'est un véritable travail sur soi de maitrise des gestes et du comportement.

 L'arbre de la connaissance et de la maîtrise de soi

Bien d'autres passages sont également empreints de cette poésie asiatique (notamment ce passage dans un village chinois perdu dans la montagne, véritable retour aux sources de l'humanité), et c'est bien là que je veux en venir : où sont passés les jeux poétiques ? A quand un jeu qui reprenne les codes esthétiques de "Tigre & Dragon" ou "Hero" ? Aujourd'hui, la majorité des productions (même celles japonaises), s'occidentalisent et perdent vraiment en poésie !

Vivement Shenmue 3 pour montrer au grand public que la violence ou la quête du réalisme absolu, c'est bien, mais que la poésie, la spiritualité et l'imaginaire ont également une place, et que liberté d'action veut parfois dire proposer des choses qui ne donnent pas d'avantages supplémentaires au joueur.

Posté par antoneo à 12:15 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Ryo Le Haricot, mon héros

    Pas si libre que ça, mais tellement bon quand même

    Je ne dirai pas que Shenmue est la liberté d'action, précisément comme tu le dis toi-même parce que l'avancement du scénario est on ne peu plus linéaire.

    Pout autant, il y a incontestablement quelque chose d'original & de réussi sur "l'adaptation de la vie" dans un jeu vidéo. Le passage du chat dans le I, ou encore la possibilité de passer des jours à trainer dans la ville à travailler & faire des jeux d'argent dans le II.

    & surtout, oui, il y a une atmosphère spécifique, agréable, voire reposante qui donne cet aspect incroyable au jeu, & qui fait qu'in fine, on reste très marqué par ce jeu. Le passage des feuilles à attraper oui, mais aussi ne serait-ce que de se ballader dans un quartier typique de la ville...

    Posté par Abo, 19 novembre 2004 à 17:31 | | Répondre
  • Shemnue

    Tu en parles tellement bien que j'en suis tout Henmue. Faudra que je vois !

    Moi quand on me parle de libertés, ma pensée se dirige tout naturellement vers ces moments où je me glisse comme un renard par l'échelle sur le côté droit de la maison après avoir discètement longé les haies pour aller égorger discrétement cette saloperie de terro qui campe à la fenêtre en haut ... [qqun reconnait la map ???]

    Posté par e-Messiah, 07 décembre 2004 à 07:33 | | Répondre
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